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Famille Wautier censiers

de Baulers à Warnant-Dreye

puis citadins à Huy

Evolution de la vie rurale au fil des ans, dans nos régions... Au 19ème, les Wautier " bourgeois-citadins " à Huy 

 

A l'époque du mésolitique, de l'an 5000 avant notre ère

 

L'agriculture était déjà développée en nos contrées concernées du "RomanLPaïs". Les ménages se regroupaient en communautés que l'on peut donc qualifiées de rurales, hameaux et petits villages, pour exploiter les terrains généralement limoneux , et de grandes étendues boisées, les fertilisant par "brulis" successifs.

 

Donc, " (...) La vocation agricole de notre contrée s'est affirmée bien avant que ne surviennent les peuplades celtes arrivant du Danube.(...) Quand les romains arriveront dans nos contrées, ils trouveront une organisation, une socio-culture, des croyances qu'ils assimileront. Ils apportent leur sens de la discipline, de l'organisation (...). On trouve régulièrement dans nos contrées des fondations de villas romaines. ces villas sont bien des fermes (...) et sont construites "en carré" comme nos fermes brabançonnes dont nous sommes si fiers et qui, en fait les ont imitées. (...)

Le Moyen-âge a été la période du morcellement extrême. Des comtés, des possessions appartenant à des abbayes, des châteaux, régnaient sur des espaces de quelques kilomètres carrés à peine. (...) ce que l'on pouvait parcourir en un temps limité, à pied ou à cheval. (...) "

in. Le patrimoine rural du Brabant Wallon, 1996, p. 67 à 71, par Edmond Vos.

 NB : plusieurs notes suivantes sont inspirées en partie de cet ouvrage.

 

 

A propos de " la tour fortifiée " (château-fort)

" Il aurait mieux valu que ces lieux fortifiés soient la propriété commune des habitants des alentours, avec une gestion collective en nommant régulièrement un responsable/gérant châtelain, pour une période donnée. Hélas, la plupart des descendants de ces premiers défenseurs (seigneurs) de la population, vont se croire sortis de la cuisse de Jupiter et vont adopter une attitude de plus en plus élitiste et intéressée ; abus de pouvoir et acquisition outrancière de biens au détriment de la population, comportement d'une féodalité dévastatrice et décadente (par rapport aux principes démocratiques, y compris par le clergé) "

in. " sur les traces des Beaufort-sur-Meuse en région hutoise,

des origines au 14ème siècle ",

par l'auteur-rédacteur de ce site,

Patrick Wautier, 1995, p. 24.

 

La grande forêt primitive de feuillus sera défrichée progressivement, et de plus en plus pour obtenir des clairières cultivables...

 

Lien avec de Beaufort : vers 1230, ARNOUD comte de BEAUFORT, seigneur de Gosnes, se marie avec la fille d'Arnoud, avoué de Gembloux, sire de Walhain, d'Opprebais, de Rouxmiroir, de Wastines, de Libersart, de Bierbais, de Loonbeek, de Berthem... son fils HENRI sire de BEAUFORT, chevalier banneret, devient seigneur de ses fiefs ; et est cité en1245, dans des actes de vente d'une partie de la forêt de Villers, ratifiés par son oncle Godefroid de FLEPPE, exécuteur testamentaire d'Arnould de Walhain (in. Sur les traces des Beaufort-sur-Meuse..., édition 2001, p. 56 et 62).

En 1384, la seigneurie de Wavre passa dans le patrimoine des Beaufort de Spontin ; le château devint alors un "pied-à-terre" appelé l'hostel du seigneur. Démoli en 1506, sauf la cense attenante dite de l'hostel du seigneur qui devint sous l'influence du language wallon Cense de l'Hosté, située entre le coteau des Hayettes et le prieuré de Basse-Wavre, en contre-bas de l'endroit où se trouvait une villa romaine.

 

Le village de Cortil dépendait entièrement de l' abbaye de Gembloux fondée vers 940 par Saint Guibert, né aux Mottes de Noirmont.

La ferme de la Dîme, tenue par Louis Wautier et Jeanne Higuet à partir de 1706, dépendait directement de cette abbaye. Elle fut démolie au début du 19ème siècle pour faire place au château du baron Brou de la Wastinne, puis remplacée par le domaine de Chastre, école communale et l'O.N.E.

 

La cense Higuet à Jandrenouille (Orp-Jauche) , fut (re ?)construite vers 1735 sur le modèle typique de ces "fermes en carré", est un symbole de la prospérité de l'agriculture de la région.

 

La ferme de Becquevoort, au sud-ouest dOrp-Jauche, non loin d'Autre-Eglise, dans le hameau d'Hédenge, possède une belle grange et un portail daté de 1749

 

La ferme del Wastez à Thy, est de toutes les fermes de Genappe, l'une des plus isolées, précédée d'un habitat néolithique (découverte d'objets en bronze) et romain (vestige d'une villa) !

 

Aux 12ème et 13ème siècles, vivent des communautés paysannes, en paroisses, hameaux, villages, seigneuries, souvent au bord d'une rivière avec moulin à eau, et/ou au croisement de bonnes voies de circulation. Avec le développement démographique, les seigneurs (nobles et non-nobles) et les abbayes développent de grandes exploitations agricoles isolées, les "censes" basées sur l'assolement triennal succédant les blés d'hiver, les marsages, les jachères. Celles-ci, "champs en repos" deviennent des terrains "de vaine pâture" destinés aux troupeaux, surtout des moutons.

Au duché de Brabant existait un réseau défensif de tours isolées contre les visées d'expansion du comte de Hainaut qui était aussi comte de Namur et comte de Flandre ; et de même contre le Prince-Evêque de la principauté de Liège. Certaines de ces tours deviendront des censes ; un exemple typique la ferme de Moriensart (signifiant Sart de Morial, soit terre essartée, c.à.d. défrichée, par Morel, seigneur de Limal cité en 1237).

Ces vastes censes seront de plus en plus florissantes les siècles suivants, monopolisant jusqu'à 75 % des terres cultivées. Tandis que de nombreuses petites fermes, dites "métairies", sont occupées par la majorité de la population des journaliers, artisans, manoeuvriers, modestes paysans ; souvent d'une superficie de moins d' 1 bonnier, avec petit logis et annexe pour quelques bêtes.

 

A Baisy-Thy, la Petite Cour d'Aywiers se situait le long du chemin vers Sart-Dames-Avelines. Philippe Du Chesne, seigneur de Loupoigne, en était propriétaire en 1150.

 

A Lillois en 1210, le seigneur Iwain de Rèves frère de l'abbesse Marie, "donna" plusieurs terres aux religieuses d' Awirs-lez-Liège , pour y fonder leur monastère d'abord près de la ferme Demarbais (de la Rivelaine), puis à la ferme de la Neuve Cour (gérée plus tard par les Wautier) ; et ensuite en 1215, fut érigée l'abbaye d'Aywières à Couture-Saint-Germain, pour échappé aux profits d'exploitation et à l'usufruit exigés par leur "bienfaiteur". 

 

La Cense du Champ, dite aussi Grande cense de Champles à Bierges, fut exploitée en 1660 par les frères Waultier, Allard, Pierre, et Philippe. Mais cette année là, ils ne purent régler leurs dettes, et un huissier amendé par le procureur du Brabant échoua dans sa tentative de saisir le bétail, par la résistance farouche des trois frères. Mais ce fonctionnaire opstiné revint avec des soldats qui arrêtèrent finalement Allard... Plus tard, en 1686, cette cense fut louée à Michel Francotte par le sieur d' Amenzaga ; d'où son changement de nom en ferme Francotte.

 

A Genappe, la ferme de la Bruyère Madame, ou du Douaire doit son nom au droit de jouissance accordé à la veuve du seigneur de promelles ; les Fievez (l'une et l'autre sont belles-familles des Wautier) l'occupèrent aussi, ainsi que la famille Musette.

 

La ferme Wautier, dite "ferme Rose", à l'ouest d'Ottignies, portant le millésime 1686, doit son nom à la "Chapelle des Roses" où est organisée une procession.

 

La ferme de Willambroux à Nivelles, fut une propriété de la famille Mercier (liée par mariage aux Wautier, ancêtres du cardinal) érigée au 17ème siècle sur l'emplacement de la léproserie de Willambrouc du 13ème siècle chère à Marie de Nivelles dite d'Oignies. C'est de cette ferme que provenaient les six chevaux nécessaire pour la traction du char de la procesion du "Tour de la Sainte-Gertrude". Elle est située à proximité du Shopping Center.

 

Dans l'entité de Nivelles, un détour vers ce village est recommandé : 

Bornival, probablement le plus bucolique de ce " Roman Païs ", le Brabant Wallon.

 

Bierghes, ne manquons pas non plus de nous y rendre, certains historiens-généalogistes supposent que c'est le premier lieux d'origine connu de la famille Wautier ; un bel ensemble architectural est constitué de sa vielle église, son presbytère classé, et une vielle ferme... 

 

 

 Aspect architectural :

  

la grande majorité de ces bâtiments ruraux sont construits "en colombage de torchis et ossature en bois", ; sauf à proximité des carrières, avec parfois combinaison de pierres et de briques, mais ces matériaux se généraliseront partout après vers 1775 . Toutes les toitures sont en chaume (paille de seigle), puis plus tard au début du 19ème siècle progressivement en ardoises et tuiles. Jusque vers 1740, la cuisine, avec sa cheminée en position "centrale au logis", constitue la pièce principale contenant les escaliers de cave et de grenier , passage obligé donc vers les autres pièces.

Ensuite, pour les fermes plus spacieuses, on trouvera la "travée-couloir central" avec une ou deux portes donnant sur l'extérieur ; puis encore carrément un hall d'entrée, avec la porte principale donnant sur cour.

Les dépendances seront plus ou moins nombreuses en fonction de l'importance croissante de l'exploitation, pour justement constituer progressivement cette structure "en carré".

La grange pour stocker les récoltes, permettant le "battage" des épis plus tard à la "morte saison" ; ensuite l'écurie, la vacherie, la bergerie, la procherie, le chartil bien aéré (pour le matétiel roulant) ; le fournil intégré ou non au logis ; bien souvent une petite brasserie, et même une distillerie (jusque début 19ème siècle) ; un séchoir pour la fabrication du fromage ;

dans la cour central se trouvera le puits, et la "fumière" plus proche des étables, dans le meilleur des cas la cour est pavée  ;

le porche d'entrée de volume plus ou moins important , souvent avec blason et millésime, contenant parfois un colombier, tous ces éléments déterminant le statut social du propriétaire, et indirectement du censier ; et parfois existe aussi un autre porche pour les trajets fonctionnels directs vers les terres. un ou des étangs "à poissons" jouxtaient la plupart de ces grosses fermes.

A l' instar des chapelles et églises, ces fermes sont souvent orientées vers les " levers et couchers du soleil, solstices et équinoxes " correspondant aux fêtes celtiques populaires qui  seront récupérées par la religion chrétienne ; et pour dire mieux, par le pouvoir politico-religieux omnipotent, l'hiérarchie de l'église étant issue de familles nobles, et de plus en plus de la grosse bourgeoisie.

 

 

Aspect social :

 

au point de vue foncier, on peut distinguer 4 groupes sociaux :

- les gros fermiers ou censiers, propriétaires et/ou locataires d'une exploitation d'au moins "une charrue et demie, soit 45 bonniers", de la "bourgeoisie locale" avantagée par le droit aux élections ;

- les "gros manants" ou "petits censiers" d'une exploitation d'au moins 15 bonniers ;

- les "petits manants" avec moins de 15 bonniers ; 

- puis les nombreux pauvres manants, dans une survie quotidienne permanante, avec moins d'1 bonnier.

 

Les plus petites exploitations pratiquent la culture de "champs en lanières".

La pauvreté est accentuée par le système de "fermage", les charges de "banalité" du moulin, du four, de la brasserie, imposés par le pouvoir politico-religieux féodal le plus souvent oisif.

 

Ensuite vient la masse des paysans "sans terre" vivant dans une plus grande misère encore ; les corviables et serviables ouvriers agricoles très souvent "saisonniers", exerçant entre-temps divers petits métiers "de survie", d'artisanat ou de commerce.

Donnons l'exemple de " l'Enfant de Giberne" qui se rendait de ville en village, de foire en kermesse, le dimanche après la grand-messe ; pour arracher les dents "sans douleur" avec la pointe de son couteau, tout en vendant moulte sachets de tisanes pour soulager les maux réels et imaginaires...

La mortalité infantile était de 1/5 dans l'année de la naissance ; et sur 4 survivants, seulement 2 atteindront l'âge adulte. 

 

La vulgarisation de la pierre puis de la brique permet le voûtement des étables, au profit de l'hygienne des bestiaux, et de la commodité du logis.

 

Si la salubrité s'améliore, il n'en va pas de même de l'instruction. A part chez de rares riches exploitants, les enfants ne fréquentent l'école qu'en hiver ; le reste du temps ils participent aux travaux agricoles ; et très souvent, ils quittent l'école "dès leur grande communion". 

 

 

Aspect d'exploitation :

 

la culture des céréales était dominante, en ordre d'importance, le seigle, l'avoine, le froment, l'épautre, les pois, le lin ; parfois l'orge pour la fabrication de la cervoise destinée principalement aux exploitants et à leur personnel, parfois pour la vente. Le rendement est seulement de 3 ou 4 fois la quantité des graines semées, variant au gré des conditions climatiques.  Au 18ème siècle, le froment supplante le seigle. Rappelons que l'assolement triennal était pratiqué. Il pouvait y avoir aussi des ressources forrestières en fonction de la situation des bois à proximité.

Le bétail (chevaux, vaches, génisses, porcs, moutons...), la volaille, le vivier, étaient normalement limité aux besoin de la ferme, sauf pour les plus grosses exploitations. La viande est conservée dans du sel qui devient une grosse dépense régulière.

 A partir de la fête de la Saint-Jean-Baptiste, le 24 juin, après la fenaison, les petites exploitations pouvaient venir faire paître leur bétail sur " les prés communs " ; les jeunes adolescents y gardaient les troupeaux.

Il y avait parfois un verger, mais surtout évidemment des jardins potagers destinés à la consommation familiale.

 

 

 " El tin des cîncis "

 

" (...) Le cînsi est celui qui gère une grosse cense et la dirige le plus souvent d' une poigne de fer (qu'il en soit propriétaire ou non, ndlr). (...) les villageois utilisent ce terme à son égard avec une connotation respectueuse. Homme d'importance, offrant du travail à tout un petit peuple de journaliers, il assure aussi une activité économique à des professions (...). c'est le cas du meunier, son égal bien souvent dans l'échelle sociale, c'est aussi celui du marchand de bestiaux, du maréchal-ferrant, du bourrelier... (...) il est souvent ammené à exercer des fonctions publiques dans lesquels il n'a pour rival sérieux que le représentant du château là où il existe.

Il se crée ainsi de véritables dynasties qui, durant plusieurs générations, maintiennent leur présence à la tête de la communauté villageoise.

Leurs représentants siègent au conseil communal, souvent en tant que (échevin, lieutenant-bailli, bailli... ndlr) mayeur, et à la fabrique d'église. Le curé est leur commensal (...) pour mieux obtenir leur contribution à la table des pauvres ou à l'érection d'une nouvelle chapelle (ou l'entretien, ou la rénovation de l'église, ndrl) "

(d'après Collette Pinson et Roger Ghyssens)

 

Et bien sur, les cinsis sont courtisés par les notaires qui se constituent ainsi une opulente et profitable clientèle.

 

Leurs domestiques ne se mariaient pas aussi longtemps quils étaient à leur service. Ces valets et servantes constituaient en 1755 au " Roman Païs " 12,5 % de la population adulte.

 

Certaines métairies exploitaient également des tavernes et/ou épiceries, y vendant leurs produits ; en plus qu'il existait aussi des "tavernes-relais postaux" (ex. la ferme Saint-Jean à Petit-Rosière Est). Les tenanciers y cumulaient ainsi plusieurs activités, fermier, brasseur, aubergiste, et même parfois "chirurgien-barbier". Ces lieux étaient fréquentés par la population locale, favorisant ainsi les contacts sociaux avec les gens de passage, et même des relations "plus intimes à la dérobée".

 

" (...) s'étaient installés divers métiers directement liés à la terre. (...) d'autres petits commerces répondaient aux besoins des habitants. L'homme de la terre n'y aura recours que par nécessité car il est économe. L'argent ne doit pas servir à la santé, à l'instruction ou aux loisirs... Mais à acheter de la terre. Dans cette course à la propriété foncière, on assiste aux alliances entre familles, mais aussi aux rancoeurs de plusieurs générations. (...) Le tirage au sort pour l'incorporation militaire est un moment pénible car la terre perd des bras. Ici encore, les riches exploitants pourront acheter un remplacement pour le fils ayant tiré un mauvais numéro.(...)  La présence des Lombards, banquiers de lépoque, facilitait les échanges commerciaux engendrés par les quatres foires annuelles qui étaient franches. (...) qui drainaient une multitude de vendeurs et de marchands qui trouvaient le gîte et le couvert dans les hôtelleries locales. Les marchandises trouvaient refuge dans diverses halles tandis que le bétail était parqué sur les places qui s'identifièrent à lui : Marché aux Vaches, Marché aux Chevaux. (...).  Taxes et accises de toutes sortes alimentaient ainsi les caisses communales."

(d'après Jean-Paul Crèvecoeur)

 

Le seigneur propriétaire de la cense choisit soigneusement son fermier, de bonne souche et de bonne réputation y compris selon ses qualités de gérant ; et il établit lui même le contrat de bail selon les usages. Le censier "oblige sa personne et ses biens meubles et immeubles." Les "baux" ont une période de 9 ans... Et 1 an avant la date convenue d'entrée dans la cense,  le futur exploitant doit faire un paiement équivalant à une année de loyer, ce qu'on nommait le "pot de vin".

En plus du "rendage" (fermage en argent) remis "à la saint-André" (le 30 novembre), le censier fait des paiement "en nature" : beurre, sucre, muids (244 litres) de froment, légumes, fruits, moutons, gueldres (=2 pots=2,67 litre) "d'huile à brûler" ;  ; le profit "de la moitié des pigeons du colombier", et un lot important de paille et de foin "pour les daims du parc" ; et chaque semaine, de la bière...

" Le censier est aussi dans l'obligation de charrier et livrer à ses frais tous les matériaux (...) pour l'entretien, la réparation ou encore la reconstruction de certains bâtiments (...) Dix longs jours de maçons et de plaqueurs doivent être employés chaque année par le fermier (...) ainsi que cinq longs jours de maçons et de charpentier. (...) donner à boire à ses frais aux ouvriers. (...) des pots de bière." (d'après V. Fillieux, in. Wavriensa t. XLV, 1996, p. 5 à 7)...

Pour le chauffage, il pourra utiliser le bois des arbres morts, mais devra remplacer chacun de ceux ci par 2 nouveaux arbres.

 Ensuite il devra planter des saules et des peupliers, des pommiers et des poiriers, autours des parcelles, des prés, des pâtures.

 

Néanmoins, une réduction du rendage était accordée si la récolte avait subi des dommages à cause de mauvaises conditions climatiques ou par des faits de guerre ; après en avoir prévénu le propriétaire dans un délai stipulé dans le contrat.

 

Un exemple d'employeur (exploiteur) de cînsis :

" Le seigneur de Fauquez (belle-famille des Wautier), est aussi un propriétaire important. ses propriétés s'élèvent à 395 bonniers (330 hectares), le 8ème de la surface globale du village. (...) le château et ses beaux jardins, 6 fermes (...) et la Grande Maison d'Ittre, vaste construction enclavée dans les bâtiments du château d'Ittre au grand dépit de son bouillant rival, le seigneur d'Ittre". (d'après Jean-Paul CAYPHAS)

 

  

Continuons "au fil du temps"...

 

Une recession apparait à la fin du Moyen-âge, se prolongeant aux 16ème et 17ème siècles, par des conflits, des querelles, des guerres incessants, mais aussi des épidémies. La culture de l'épautre est délaissée au profit du froment et du seigle, est les rendements saméliorent, 1 hectare de froment produit 1100 kg (au début du 19ème c'est 1300 kg).

 

Au début du 18ème siècle, les populations ne pouvaient toujours pas imaginer un autre contexte de vie que ces dévastations, démolitions, incendies, pillages, famines... L' hiver rigoureux, et la famine de 1709-1710, furent un mauvais début de siècle, mais c'est une période de paix provisoire, et l'agriculture reprend de l'ampleur, la campagne se repeuple.

 

Pour la petite histoire, à Rebecq, le long de la "route Bruxelles-Paris" au relais de poste "La Genette" (disparu), la famille d'Arenberg héberga l'écrivain-poète français bani de son pays en 1712, Jean-Baptiste Rousseau ; ayant d'abord séjourné à Vienne, et qui mourut ensuite à Bruxelles en 1741. Le moulin "d'Arenberg" est millésimé 1450.

 

Après 1750, la situation s'amméliore davantage, entraînant une nouvelle croissance de la population. c'est une période de renouveau agricole par l'abandon progressif des jachères par des cultures "dérobées" (navets, choux fourragers...), plantes fourragères (trèfle..), en terrains clôturés, on utilise désormais des fertilisants ; c'est aussi l'apparition de la pomme-de-terre, aliment bon marché populaire ; de plus en plus, construction de bâtiments "en dur". 

Ce n'est toujours pas la prospérité pour tous, par exemple le curé G. A. Remy (1725-1763) à Rosières indique que les obsèques sont rarement rémunérées, vu la misère de la majorité des paroissiens.

 

Fin 18ème siècle

C’est d’abord la continuation de la période autrichienne, l’empereur Joseph II° est considéré comme un despote éclairé, procédant à de nombreux changements y compris concernant les pratiques religieuses, désirant les simplifier et les démocratiser ; c’est pourquoi il est nommé aussi l’empereur catholique-anticlérical ; en voulant subordonner judicieusement l’Eglise à son pouvoir, réduisant ses privilèges exorbitants. En 1783, il établit le mariage civil. Il promulgue un décret le 26 mai 1784 : il supprime les ordres contemplatifs inutiles ; interdit les pèlerinages ; fixe à la même date pour toutes les communes, le jour de kermesse, pour éviter les gaspillages ; plus de cérémonies funèbres, mais de simples funérailles identiques pour le noble et le manant, les dépouilles seront ensevelies dans un sac attendu qu’il faut ménager le bois ; interdiction des inhumations dans les églises, et plus de cimetières autours des églises sauf en zone rurale, pour salubrité publique. (in. Liste chronol. des Edits et ordonnances des Pays-Bas autrichiens, édit. Bruxelles 1858, 2ème partie 1781-1794, p. 8 et 60).

 

C’était un bon début de démocratisation, mais sans doute pas assez, et cela trouble trop vite les habitudes et coutumes, puisqu’il y eu la révolution Brabançonne !  

 

Ensuite vient la période française, avec la première occupation de la fin de l'année 1792, le retour offensif des autrichiens le 9 mars 1793, battus avec "la victoire de Fleurus de 1794 ", débute officiellement le 1er octobre 1795.

En juillet 1794, l'armée française était denouveau entrée à HUY.

Cest une période d'une épouvantable misère, suivie de " la famine de 1795 "... Mais pas pour tout le monde !

la vente des biens du clergé profitera principalement à la riche bourgeoisie urbaine au détriment du reste de la population, surtout la plus pauvre bien sûr. On peut donc qualifié cette révolution française de " bourgeoise " qui n'aura rien changé au sort misérable du peuple rural et citadin. Un exemple ultime et flagrant, Josephine de Beauharnais première épouse de Napoléon, acheta 80 hectares de la ferme de la Vallée à Vieux-Genappe, lors de la "vente publique des biens d'église en 1798 " !

 

PLUS précisément :

" (...) Le capitalisme a simplifié l'antagonisme entre les classes : l'artisan et le paysan (petits producteurs indépendants) se transforment en ouvrier (prolétaire).  L'artisan s'opposait au maître et au négociant, le paysan au seigneur (noble ou non, n.d.l.r.), le bourgeois à l'aristocrate féodal. (...) seule contradiction (contemporaine importante, n.d.l.r.) celle de l'ouvrier contre le capitaliste. (...)

La loi - Le Chapeiier - de 1791 interdit toute réunion de gens de métier, patrons commes ouvriers, ainsi que toute association et coalition. Toutefois en matière de salaire, la loi prévoit que le patron est cru sur son affirmation. (...) En 1802, le livret ouvrier, véritable permis de travail laissé à l'appréciation unique du patron, est rendu obligatoire. Il permet de stigmatiser les agitateurs. (...) "

Exposé de L"INEM à LU.M. à Gembloux, le 27 décembre 2010

 

 

Début 19ème siècle, après 1815 

Par la séparation de nos régions avec les Pays-Bas hollandais, il s'en suit une crise économique doublée d'une déficience progressive de la production agricole ; ce qui nous amène à une période de grande pauvreté à partir des années 1840. Ne possédant plus un sous pour s'offrir un pot de bière "bactéricide", ou un bol de lait frais pour les plus jeunes, une grande partie de la population est contrainte de consommer de l'eau polluée, propageant toutes les maladies.

Les bureaux de bienfaisance sont submergés par ces hères en perdition...

 

En cette année 1840

Nous sommes à l'époque du ménage Jean-François et Caroline-Gerardine Wautier-Leurquin, à Huy.

Ils ont le privilège de ne pas faire partie de cette classe sociale défavorisée qui représente la majorité de la population. Tous deux sont issus d'une riche famille de " cultivateurs ", lui de Warnant-Dreye, elle de Lens-Saint-Servais où son père était mayeur.

Ils se sont mariés et installés à Huy depuis 32 ans, et ont rompu à cette époque avec la tradition familiale séculaire " bourgeoise-terrienne féodale" en se raliant à la cause révolutionnaire liégeoise, et française ; tout en devenant des citadins dans une maison spacieuse et cossue de la Grand'Place (devenue actuellement une grande taverne). 

 

" Jean-François Wautier, né à Warnant, diplômé le 22 ;

un arrêté du 26 nivôse an XIII (16 janvier 1805) l'avait nommé avoué "

in. " Grandes figures et petites histoires de HUY  ;

les origines révolutionnaires du barreau de Huy "

p. 17, par R. Stasse, 1958

 

Il professe comme avocat-avoué, d'abord à la Justice de Paix (y encore cité en 1830), puis au Tribunal de 1er Instance de Huy jusqu'en 1852 (date de son décès).

Le fils François-Prudent (né en 1812) lui succède dans cette fonction (arrêté royal du 13 aôut 1852),

et se marie la même année (à l'âge de 40 ans !) avec Marie-Françoise Bernard qui serait " fille naturelle" d'un officier de l'armée de Napoléon (selon feu mon oncle André); sa mère aurait été alors serveuse " chez Ouverx" :

 " (...) le 8 novembre 1811, avec l'impératrice Marie-Louise (et Napoléon). Ils déjeunèrent chez Ouverx, gendre de Mr. Delloye (le maire de Huy), dont la cave fut pillée par les officiers de la suite des souverains. (...)". Comportement on ne peut plus trivial et irrévérencieux.

 

Contexte social  très pénible pour la majorité de la population :

" (...) Expoitation au travail (...) journée de 12 à 16 heures (...) discipline carcérale dans les ateliers, embauche à la journée, pas de congé (...) absence de droits politiques et sociaux, pas de sécurité sociale, pas de droit de vote, aucun service public.

Le suffrage censitaire (1830 à 1893), est le droit de vote uniquement pour les plus riches (de 30.000 à 130.000 électeurs) ; puis avec le suffrage universel tempéré par le vote plural, les riches et dipômés de l'université avaient droit à une voix supplémentaire ; et les femmes ne voteront pas avant 1948 (après la Turquie).

A la moindre manifestation pour revendiquer forcément des meilleurs conditions de travail et de vie quotidienne, les autorités appellent l'armée ; il y a des morts pour chaque action ouvrière de quelque importance, et davantage bien sûr pour les plus importantes comme en 1849 à la première grève organisée des ouvriers, du secteur textile, à Gand ;

1857 : premier syndicat d'ouvriers en Belgique, par les tisserants et fileurs à Gand ;

1867 : première fédération syndicale nationale, par les typographes de belgique. "

 

Exposé de l'INEM à l'U.M. à Gembloux le 27 décembre 2010.

 

 

Ensuite, brièvement

Le couple François-Prudent et Marie-Françoise WAUTIER-BERNARD à Huy, eut 4 fils dont le dernier, Lucien (né en 1861) devint apothicaire-droguiste, au début en association avec son beau-frère Mr. Schoonbroodt ; ce bâtiment de la GrandPlace de HUY eut pendant longtemps encore l'enseigne peinte  sur le fronton " DROGUERIE " jusqu'au tout début du 21ème siècle, juste à côté à gauche de l'ancienne maison familiale Wautier (déjà mentionnée plus haut).

 

Contexte historique tout aussi pénible:

1871: (...) Lors de l'occupation prussienne, à Paris, du 18 mars au 28 mai , c'est la première expérience de révolution prolétarienne, appelée LA COMMUNE DE PARIS, à la suite et en même temps que dans d'autres grandes villes de France ;

1877 : en Belgique, création des Partis Socialistes, flamand et brabançon (bruxellois) ;

1879-1880 : grandes grèves parfaitement justifiées dans le Borinage et à Liège :

1885 : fondation du Parti Ouvrier Belge à Bruxelles par 102 délégués de Belgique ;

1886 : la crise s'intensifie, il s'en suit de grands soulèvements à caractère insurectionnel toujours dans le Borinage et à Liège, toutes aussi justifiées :

1889 : à Paris, création de la IIème Internationale ; elle compta jusque 4 millions de membres et popularisa auprès des ouvriers de toute l'Europe, la lutte  pour la diminution du temps de travail, les droits syndicaux, les avancées démocratiques tel que le suffrage universel.

1892-93 : grève générale nationale avec plus de 200.000 participants, obligeant le parlement dominé par la droite de concédé le suffrage universel (mais tempéré par le vote plural, lire plus haut). création de la Jeune Garde Socialiste par le P.O.B. ; 1894 rédaction et adoption de la charte de Quaregnon ;

1898 : Commission Syndicale du P.O.B. avec 50.000 membres ;

1902 : grève générale nationale, toujours bien justifiée, avec 300.000 participants ; mais que pendant 5 jours car la direction du P.O.B. fait un choix tactique " réformiste " en préférant préserver l'alliance au Parlement avec les libéraux contre le parti catholique parfaitement réactionnaire ;

Entre 1880 et 1914 et la guerre de 14-18 :  les puissances européennes capitalistes-colonialistes se disputent le contrôle des colonies, principalement par la première guerre mondiale qui fit 10 millions de morts. En Belgique, tous les partis politiques, y compris les socialistes, ont voté les crédit de guerre ; ils ont ainsi sacrifié des millions de travailleurs pour cette guerre qui ne fut rien d'autre qu'une gigantesque boucherie pour le repartage du monde uniquement au bénéfice des grandes entreprises capitalistes ! "

 

Exposé de l'INEM à l'U.M. à Gembloux le 27 décembre 2010 

 

 

Pendant ce temps là 

Lucien Wautier et Berthe Schoonbroodt  se sont mariés en 1884 à Huy, eurent 4 enfants,

dont le 3ème et 2ème fils : Camille naquit le 19 février 1889, prématuré de 2,250 kg. Il eut la chance de naître dans une famille bourgeoise aisée, et reçut ainsi tous les soins nécessaires pour sa survie. Et ne vous inquiétez pas pour lui, il devint un solide gaillard de 1,90 m et de 120 kg ; en 1903, engagé dans la marine (à voiles) dès l'âge de 14 ans, avec comme premier voyage aller-retour, Hambourg-San francisco, en passant par le Cap Horn ; pour devenir 10 ans plus tard, un des plus jeunes commandants de son époque, à 24 ans donc...

Dans sa carrière, il commanda notamment le prestigieux " m/s Anversville ", et fut commandant-instructeur du voilier-école " Comte de Smet de Nayer 2 " avec comme port-d'attache Anvers...

  

" (...) Engagé volontaire, pendant la première guerre mondiale, il prend une part active à la défense du Tanganyika, ce qui lui vaut une citation à l'ordre du jour pour avoir sauvé son bateau en flammes le NETA. En raison de divers autres brillants états de service le commandant Moulaert, chef de la défense du Tanganyika, place la Marine Belge du lac sous ses ordres le 19 juin 1916.

(...) il a fait partie du Comité de Direction  de l'ABAS (...) comme Président de la Commission Technique du port d'Anvers. En 1941, il est nommé administrateur de la Société Belge de Travaux et Industries Maritimes, puis enfin directeur général de cette société. Il y déploie une activité soutenue pendant la période critique des V1 et V2 (bombes volantes) en montrant l'exemple du devoir et du courage au milieu de ses hommes occupés à décharger les innombrables bateaux que les Alliés envoient à Anvers pour préparer l"assaut final contre l'Allemagne (nazie). Deux fois il sera blessé par les bombes ennemies, en service et au milieu de ses ouvriers. (...)

Sa brillante conduite en maintes circonstances, lui valut 14 distinctions honorifiques civiles et militaires. Lorsqu'il mourut à Anvers, en mai 1954, (...)" ! 

in. " REVUE CONGOLAISE Illustrée, La belle carrière du Capitaine Wautier ", n°7 juillet 1956 

 

Un fameux personnage mon grand-père Camille, que hélas je n'aurai pas connu de son vivant...

Ce n'était pas un plaisantin, il parait qu'il fut fort taciturne au sein de son propre ménage, mais en tous cas il n'aura pas oublié de tansmettre cette tradition orale familiale qui se perpétue d'une génération à l'autre ; donc à ces fils, mon Oncle André, mon père Roger, qui l'ont répété à leurs propres enfants :

" Nous sommes descendants d'un Wautier de Beaufort qui a été avoué de Huy au 14ème siècle ; dont les ancêtres sont d'origine de la famille de Godefroid de Bouillon, et qui ont un rapport avec le cheval Bayard ! "

 

Cela m'a intrigué, passionné, dès mon plus jeune âge. Et c'est sur cette seule affirmation orale que j'ai entamé les recherches historiques et généalogiques dès que possible, en 1991, seul...

Mon regretté oncle André était trop occupé à d'autres recherches et écrits sur d'autres sujets, mais surtout rebouté par le fait qu'il fallait manipuler de nombreux microfilms dans une visionneuse-photocopieuse aux Archives Générales du Royaume de Bruxelles, et se rendre aussi plusieurs fois aux Archives de Huy !

 

Nous sommes bien loin des ancêtres censiers brabançons et hesbignons, qui ont été aussi fameux dans leur style, y compris les épouses !

Mais, à part le couple Jean-François et Caroline-Gerardine, ces aïeux et ancêtres privilégiés, qu'ont-ils pensé et fait face à toutes ces injustices sociales inhérentes au féodalisme et au capitalisme ?

 

La famille Wautier était réputée « bonne chrétienne », ils ont probablement au moins fait « acte de charité » régulièrement au bénéfice d’œuvres de bienfaisance, mais pas vraiment sans intérêt car aussi pour le « salut de leur âme » selon les usages de la religion ; tout en étant bon paternaliste avec leur personnel et domestiques.

 

Je vous invite à continuer le voyage sur mon 2ème site :

 

Les Wautier hutois

De la campagne, à la ville au 19ème 

 

 

Patrick Wautier

né le 2 avril 1954

au Congo dit " Belge " 

à Mbanza-Ngungu dit " Thysville "